Comment deux pratiques se nourrissent : Lire à haute voix et enseigner le kundalini

Je suis enseignante depuis peu, mais j’ai envie de partager les réflexions que j’ai eu l’année dernière lors de ma formation sur l’enseignement du Kundalini Yoga selon Yogi Bhajan.

Depuis plusieurs années, je suis « médiatrice du livre », c’est à dire que j’œuvre à donner envie de lire – majoritairement des enfants – à travers des lectures que j’ai pu effectuer dans toutes sortes de circonstances. Bref, je suis une lectrice à haute voix.

J’ai trouvé des similitudes entre ces deux pratiques : lire des livres illustrés (albums jeunesse) et transmettre des kriyas. Ces remarques et ces réflexions, mises en miroir nourrissent, d’après moi, les deux pratiques. D’où mon envie de partager ça avec vous. A minima, ça vous donnera peut être envie de lire à des enfants 😉

Le point central et commun est le respect du texte/kriya

Quand on fait une lecture (dans le cadre d’une lecture pro), on ne change pas le texte. C’est important pour faire passer la permanence de l’écrit. Il y a aussi un effet rassurant que l’enfant aime à revivre souvent (effet doudou), c’est aussi pour respecter les choix de l’auteur et faire connaître de nouveaux mots… L’enfant suit, selon son niveau, son état de pensée, son envie… il fait sa propre « salade ».

Vous percevez déjà que dans le respect du kriya, il y a de ça aussi…. les personnes « prennent » ce qu’elles sont en mesure de recevoir ce le moment.

Pour les albums jeunesse, si on est trop tenté de changer le texte, c’est qu’il est mauvais ou vraiment inadapté. Je reviendrai sur la question du choix plus tard.

De même, sauf cas de force majeure, on n’interrompt ni un kriya, ni une lecture.

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Et malgré le fait qu’on ne change pas une virgule au livre/kriya, l’expérience des participants change selon l’enseignant/lecteur…

J’ai identifié 4 éléments importants qui changent la « qualité » du cours/ de la lecture :

1 – Le choix
Le choix des livres que l’on va lire dans une séance est capitale (liberté, qualité, diversité). C’est peut-être ce qui change le plus entre deux lecteurs à haute voix. On ne choisit pas par hasard, même si c’est inconscient au début. Réfléchir son choix permet d’affiner (livres qu’on connait, selon un thème, longs ou courts, qui font rire, rythme rapide, contemplatif, inspiration du moment, saison…..)

Le choix du kriya, vous le savez, n’est pas anodin, qu’il soit orienté par le Karam kriya, la saison, l’astrologie, une suite logique déterminée à l’avance, choisi au coup par coup, ou à l’inspiration…. il y a autant de manière de faire que d’enseignants (d’autant qu’on évolue perpétuellement). Prendre conscience de nos logiques de choix permet d’affiner et de se prémunir des habitudes (qui nous font à force)

2 – La voix
La voix est évidement centrale dans les deux activités. Le volume, la tonalité, les intonations, le rythme, la rapidité,  l’utilisation du silence…..Dans les deux pratiques, observer, travailler sa voix apporte de grandes améliorations.
J’ai plus d’expérience dans la lecture alors j’en parle, à vous d’y puisez en fonction de votre expérience d’enseignant : en lecture à haute voix, on lit souvent trop vite (par peur d’être écouté (!), par crainte que les enfants décrochent avant d’arriver aux bons moments du livre, pour se débarrasser…). Les intonations et voix changées sont à utilisées avec parcimonie (c’est pas un spectacle, le livre reste au centre), elles seront choisies quand elles servent l’histoire. Il en est de même pour le silence, qui ne doit pas faire peur.
Le silence peut être délicieux ou d’une densité incroyable si bien utilisé (moment, durée)
Seule l’expérience permet de connaître et d’utiliser le silence, les intonations… à force d’essais et d’écoute du groupe (et de confiance en soi).

Dans une séance de lecture, le lecteur donne le rythme, les auditeurs suivent. Il est le garant du temps et doit éviter de perdre l’attention du groupe tout en laissant ceux pour qui c’est pas le moment d’écouter, préférant rêver, penser ou faire d’autre chose tant que ça ne gène pas le groupe. Lors d’un kriya également, c’est notre rôle de motiver et de garder le temps et l’espace… dans le respect de ceux qui n’y arrivent pas, ceux qui sont « ailleurs ».

3 – La présence
Dans la présence, il y a d’une part le « qui je suis » qui se ressent dans mes gestes, ma voix, mon regard, la manière de démarrer et de passer d’un livre/exercice à l’autre. C’est aussi les fioritures qui sont là, qui peuvent alourdir ou servir (selon l’intention, voir plus bas). Un bon livre jeunesse fonctionne presque seul, pas besoin d’en rajouter, d’expliquer, d’en faire des tonnes, de le décortiquer, ni rien. Ca marche. C’est idem pour les kriyas de Yogi Bhajan. Le plus simple c’est le mieux. ca fonctionne. Cela dit, on est quand même là : notre corps, notre présence, notre voix, notre personnalité…. et même en faisant simple, on est là, notre présence passe. C’est un fait, et c’est plutôt bien.

Dans la présence, il y a d’autre part l’attention que accorde au cours et aux participants (être ici et maintenant, dans le cadre du serment et de la chaîne d’or), hors des pensées parasites, des soucis ou des commentaires sur les participants. Il s’agit vraiment d’être là, dans sa neutralité. Lors d’une lecture, cela se manifeste par l’écoute que le lecteur a du groupe pour s’y adapter – et parfois accepter de changer le plan. ex : insérer une comptine entre deux livres, abandonner l’idée de lire tel livre ou rebondir sur un événement, changer l’ordre (il y a plus de liberté dans les lectures… c’est au sein d’un livre qu’on change rien).

4- L’intention
L’intention importe et pourtant souvent elle est inconsciente. En définitive pourquoi est-ce que je donne des cours de Kundalini Yoga ? Il y a les raisons évidentes, mais c’est intéressant d’aller chercher plus loin en soi pourquoi le fait-on ?

En lecture à haute voix, l’intention peut beaucoup varier : apprendre des choses aux enfants, les calmer avant de dormir (rituel), ouvrir l’esprit, découvrir l’art et la littérature, leur faire plaisir ou se faire plaisir, les occuper, leur faire partager une émotion que l’on a eu soi-même enfant, pour réparer quelque chose, pour changer le monde…. les raisons sont très nombreuses et varie selon les jours (un peu). Mais notez que l’intention change une foule de petites choses dans le cours/la lecture dont la saveur et la relation qui se créée entre le « meneur » et le groupe. Cela change la nature de l’énergie qui circule.

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Pour conclure, ces deux pratiques, bien que très différentes, utilisent les mêmes canaux. Penser ces analogies ont approfondi mon approche des premiers cours que j’ai donnés lors de la formation, par effet de miroir de ce que je savais de ma pratique de lecture. Cela a mit en lumière certains points clés sur comment mener un cours de KY. Il existe très probablement le même type d’analogies avec d’autres pratiques où chacun éclaire l’autre.
J’espère avoir pu nourrir votre réflexion et apporter plus de conscience dans quelques détails de votre travail. Allez, au pire, vous savez que votre pratique d’enseignant de KY nourrit votre pratique de lecteur à haute voix (et inversement) si ou quand vous en aurez.

2 réflexions au sujet de « Comment deux pratiques se nourrissent : Lire à haute voix et enseigner le kundalini »

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